26 janv. 2008

Mille millions de mille milliards de tonnerre de Brest

Je ne vais pas faire dans le sensationnel sur ce post, simplement évoquer le binz actuel à la Sogé. Binz et pas fraude, je préfère le dire tout de suite: je n'y crois pas et je ne pense pas être capable d'en faire la démonstration. Juste donner mon impression.

Parce que parfois dans la vie, il faut d’abord être émotionnel face à une situation avant de réagir rationnellement . Alors voilà le fameux chiffre dont tout le monde parle : cinq milliards d’euros, près de 60 milliards de dirhams. Pour éviter de se donner le tournis, éviter à tout prix la conversion en francs CFA.

En général, quand je pense argent, j'essaie par réflexe de m'imaginer ce que je pourrais en faire si j'en disposais, ce que ça représente dans l’économie d’aujourd’hui, physiquement même. En vrac, ça donne:

· une centrale nucléaire,

· la somme déboursée par IBM pour racheter Cognos,

· les bénéfices nets 2007 de Schlumberger, le numéro un mondial des services pétroliers,

· le PIB de la Nouvelle Calédonie,

· les importations annuelles de la Lituanie,

· le budget total alloué à la recherche sur les changements climatiques aux EU , le fameux programme « Clear Skies and Global Climate Change » ;

Et plus près de nous, donc nettement plus parlant, ce montant représente:

  • le total bilan de la CDG en 2005,
  • le coût du programme de transport en commun préconisé par la mairie de Casablanca,
  • le niveau des transferts vers leur pays des MRE en 2006 - un chiffre régulièrement mis en avant comme étant un apport non négligeable pour la balance des paiements.

J'ajoute perfidement que si on revient un peu en arrière - au 12 décembre dernier par exemple - on réalise que c'est précisément la promesse chiffrée de la communauté internationale pour un large soutien financier à l’Autorité Palestinienne, qui devrait compter dans les trois années à venir sur pratiquement 5 milliards d’euros.

Mais revenons plutôt à notre affaire. Voici quelques messages d'internautes sélectionnés sur le site du Monde:

"Un être fragile", "sans génie particulier" qui a "l'extraordinaire talent" de déplacer des opérations au fur et à mesure des contrôles, pour le plaisir, sans jamais s'enrichir ! Allez la SG, continuez, plus c'est gros, plus ça passe..." .
à On sent ici l’incrédulité de l’internaute quant au profil du suspect.

"Un trader qui gagne 100 000 euros par an et manipule des sommes si importantes qu'il peut générer 5 milliards de perte est un imbécile : à Londres, il se ferait 20 fois plus de revenus. Pourquoi avoir clos ses positions sans les avoir analysées? Il a fraudé ou il a mal investi? Les banques et Lagarde prennent vraiment le peuple pour des veaux."
à Commentaire technico-haineux.

« Aujourd'hui la capitalisation boursière de la SG est de 36 Mds d'€ avec une action à 76 €. Au maximum de l'action, le 6 mai 2007 (regardez bien, je ne déconne pas sur cette date !), à quasi 160 € l'action, la SG valait donc dans les 70 Mds d'Euro. Et un mec aurait pu engager 50 Mds d'€, soit env. 50 % de la valeur de cette boîte sans que personne ne se rende compte de rien ? Pour y avoir bossé pendant 12 ans, je sais bien que cette boite est dirigée par des clowns ; mais à qui profite le crime ? »
à Les chiffres ne mentant jamais.

Alors ? Simple mais ultime défaillance de contrôle interne ? Je n’y crois pas, car derrière, nous retrouvons tout de même le Co-CAC de choc EY et DTT. Les procédures du business sont totalement verouillées, et pour liquider n’importe quelle position, notre ami trader avait face à lui trois niveaux de contrôle :

  • la validation par le back office,
  • la validation par le système, paramétré pour ce genre de situations,
  • la validation par le chef de la salle de marchés, son manager, le directeur de la branche, et ainsi de suite.

Le prix facturé par EY ou DTT pour une mission de refonte process suivi d’une mission de CAC varie. entre 2 et 3 mEuros. Et pour réaliser ce travail, on staffe une dizaine de juniors - certes HEC, ESSEC ou ESCP, mais finalement incompétents et inexpériementés – entourés par trois à cinq managers, assez expérimentés mais à l’énergie diluée, gérant trop de jobs, et finalement trop occupés pour vérifier l’efficacité et l’efficience des contrôles réalisés par leur staff sur les business process de leurs clients . Je préfère ne pas évoquer le cas du Partner (l’associé), qui valide et signe le rapport d’audit et de contrôle interne, sans même le lire, sur un green, autour de Madrid ou Bâle, Toulouse ou Paris. La Loi Sarbanes-Oxley est piétinée, born dead.

Cet environnement défavorable à tout contrôle et à un minimum de transparence a donc permis à un simple titulaire d'un DESS "Organisation et Contrôle des activités de marchés financiers" de faire la nique à une brochette de polytechniciens.
Je crie alors au génie.


Le diable est dans le détail.

Toujours.



Allez, pour finir ma super BA de l'année: confirmation de la rumeur d'une future fusion entre la SG et une autre banque française (BNP Paribas?) .
Il s'agit clairement d'une recommandation d'achat massif d'actions SG.
Son cours va éclater. On en reparle dans six mois!